interview Bruno Allary

interview Bruno Allary ©Drichos

Bruno Allary (Compagnie Rassegna) : « Montrer aux enfants la richesse culturelle de la Méditerranée est essentiel »

Le fondateur et directeur artistique de la Compagnie Rassegna parle de son spectacle pour enfants, de l’Andalousie et de Marseille…

Votre spectacle jeune public est baptisé « L’arc de cercle ». Est-ce qu’on retrouve cette disposition des musiciens sur tout le pourtour de la Méditerranée ?

Bruno Allary : C’est une constante, chez beaucoup d’ensembles de Méditerranée, et pas seulement d’ensembles musicaux. Sans faire d’anthropologie à deux francs, c’est un retour au cercle originel : quand elles doivent passer un moment ensemble, les personnes se disposent naturellement de cette manière-là. On retrouve cet arc de cercle particulièrement en Méditerranée, que ce soit pour la musique arabo-andalouse, pour le flamenco, pour la musique des Balkans, pour celle de l’Italie du sud, … C’est la disposition la plus fréquente et la plus naturelle. Elle peut permettre de laisser de la place pour un danseur ou un chanteur qui voudrait se lever. C’est tout naturellement qu’on a choisi cet intitulé pour notre spectacle jeune public. Ça nous a semblé être une bonne porte d’entrée…

En quoi ce spectacle est-il différent de celui que vous proposez aux adultes ?

Bruno Allary : D’abord le format. On passe d’une heure et quart ou une heure et demi à 45 minutes à peu près pour le jeune public. J’adapte un peu mon discours. Les mots que je choisis vont être plus facilement compréhensibles par des enfants. Je présente aussi plus longuement les instruments. Mais, pour le contenu même du projet, on conserve le répertoire qu’on joue depuis 15 ans. Les messages que nous essayons de véhiculer sont les mêmes aussi. Sur un plan purement artistique, on n’a pas cherché à tout simplifier, on n’a pas infantilisé notre répertoire.

Pour vous, c’est important d’enseigner aux enfants la richesse culturelle du pourtour méditerranéen ?

Bruno Allary : Evidemment ! C’est vrai de tous temps. C’est particulièrement vrai en cette période où tout se crispe. Ça n’échappe à personne, pas même aux enfants, qui sont informés – à leur manière – de ce qu’il se passe dans le monde, dans nos régions et dans nos villes. Montrer aux enfants la richesse culturelle de la Méditerranée a toujours été essentiel, ça l’est sans doute plus encore actuellement. On sait bien que c’est à cet âge que ça se joue. C’est un peu facile à dire, j’ai l’air d’enfoncer des portes ouvertes mais c’est évidemment là que ça se joue. Moi, j’ai une fille qui a 6 ans. Je sens bien, en parlant avec elle, en côtoyant ses copains de classe, que, chez ses enfants-là, tout est encore possible. Il ne tient qu’à nous de leur faire passer certaines informations, ces idées de croisement culturel, qui sont transversales à tout ce que nous avons fait depuis quinze ans. On le fait très simplement. On arrive comme on est. On leur présente nos musiques sans infantiliser notre message, un message qui me semble plus qu’important en ce moment. Au moment où on désespère un peu des adultes, il y a quelque chose de possible chez les enfants …

Le festival, cette année, a choisi pour sous-titre « Les Andalouses ». L’Andalousie, c’est une terre qui vous inspire ?

Bruno Allary : C’est l’un des territoires et l’une des influences musicales qui sont les plus sensibles dans le répertoire et dans le travail de la Compagnie Rassegna depuis 15 ans. Le premier titre du premier album enregistré il y a une quinzaine d’années était un chant andalou. Le dernier titre du dernier album était un chant andalou. C’est quelque chose qui revient très fréquemment, que ce soit à travers le flamenco, à travers la musique arabo-andalouse, à travers les chants judéo-espagnols, autant de répertoires qui sont très importants pour nous, comme d’ailleurs les musiques rurales, le répertoire des paysans andalous, de ces gens qui chantent sous les oliviers ou dans les vignes. Tous ces chants qui accompagnent la vie des gens depuis toujours en Méditerranée sont l’un des fils conducteurs de la Compagnie Rassegna.

L’Andalousie a longtemps été et reste un carrefour culturel important. Peut-on dire que Marseille, où vous habitez, est un carrefour culturel de la même ampleur ?

Bruno Allary : J’ai tendance à répondre « oui ». Bien sûr, je me méfie des images d’Epinal, de l’idée d’une ville exemplaire dans ses croisements. Il y a d’autres endroits aussi riches en rencontres. Mais Marseille est incontestablement, quand même, l’un des endroits où, pour peu qu’on se tienne un peu informé des vibrations de la ville, on peut au coin de la rue retrouver toutes les musiques de la Méditerranée. Je parle de musique parce que c’est ce que je connais le mieux. Sans aller chercher bien loin, on a depuis toujours dans cette ville des gens qui arrivent, qui s’installent, qui repartent, qui reviennent, qui, malheureusement, parfois sont chassés, qui tentent de revenir… Pour peu qu’on se tienne un peu au courant de ce qui s’y produit, on peut facilement avoir un panorama des sons de la Méditerranée qui sont là, présents à Marseille. C’est un bon reflet des musiques de la Méditerranée, je pense…

Propos recueillis par François Mauger

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