interview Dj Tagada

DJ Tagada : « Il y a en Andalousie une part d’inconnu qui me parait hyper excitante »

Voici une création quasiment en direct : au moment de cette interview, à la mi-juillet, DJ Tagada jetait à peine les bases du spectacle qu’il présentera avec des circassiens le 18 octobre au Bourget. Il dévoile ici ses premières idées et sa méthode de travail…

Vous préparez en ce moment une création pour le festival Villes des Musiques du Monde qui se déroulera dans un cirque. Est-ce une grande première pour vous ?

DJ Tagada : De travailler dans un cirque ? Non ! Je l’ai déjà fait en Allemagne, pour une compagnie de cirque, il y a vingt ans. C’étaient mes débuts, j’avais vingt piges, j’étais à Hanovre pour une création qui s’appelait « La reine des neiges ». On était une petite équipe de musiciens, très jeunes, mais ça s’était super bien passé. C’était une très bonne expérience et c’est quelque chose qui trottait dans ma tête depuis des années, quelque chose que j’ai toujours voulu réitérer mais je n’en ai pas eu l’occasion jusqu’à présent. Là, Villes des Musiques du Monde me donne l’occasion de le refaire et je suis ravi…

A quel stade en êtes-vous aujourd’hui ?

DJ Tagada : Là, on est dans une démarche de création, de recherche surtout, parce que c’est un sujet assez compliqué. On va traiter de la musique séfarade judéo-espagnole. C’est un sujet délicat. Cela renvoie à une période assez sombre de l’histoire des juifs. Je ne veux pas me gourer. Je ne veux entrer ni dans des propos religieux, ni dans des propos politiques. Dans mes recherches, j’essaie de déminer les pièges que cette histoire pourrait créer. Je veux faire les bons choix. L’idée est d’abord de s’inspirer de la musique judéo-espagnole et de son influence dans les Balkans ou en Turquie.

Quel est votre lien à cette culture ?

DJT : Moi, je travaille depuis longtemps sur les musiques tziganes. Donc, forcément, j’ai croisé la musique klezmer. En fouillant de ce côté, je suis tombé sur des productions du label Tzadik, de John Zorn, et notamment sur un groupe qui s’appelle Elysian Fields. Ils ont monté un projet qui s’appelle La Mar Enfortuna, qui reprend des morceaux traditionnels judéo-espagnols dans des versions minimalistes. Les mélodies m’ont profondément touché. Du coup, j’ai fouillé ce répertoire et j’ai trouvé des chansons magnifiques, une culture assez forte, qui était un peu mise de côté. Mon attachement est lié à ces mélodies d’un peuple itinérant, qui n’a jamais eu de terrain où se poser…

Le festival, cette année, est sous-titré « Les Andalouses ». L’Andalousie, c’est un territoire qui vous inspire ?

DJT : Oui ! C’est fort en histoire ! J’aimerais vraiment un jour pouvoir m’y rendre. Ça m’évoque le voyage, le rêve, une certaine douceur de vivre, un profond mystère… Il y a une part d’inconnu qui me parait hyper excitante. J’ai vraiment envie, pendant tout l’été, de me pencher sur le sujet.

Est-ce que des voix incarneront cette musique dans le spectacle ?

DJT : Des voix, oui, il y en aura. Tout ne sera pas chanté en ladino. Il y aura du grec ou du turc. Je vais être accompagné de très bons musiciens : un super clarinettiste, un accordéoniste... Pour me préparer, j’emmène mon synthé, mes machines en vacances. Le matin, ça va être plage et l’après-midi travail, ou l’inverse. Je vais rentrer avec une dizaine de morceaux. Certains seront électro, d’autres traditionnels. Je vais laisser un morceau au joueur de santour, une sorte de petit cymbalum persan, pour qu’il s’exprime en solo. L’ensemble aura une belle couleur, assez poétique.

Propos recueillis par François Mauger

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