interview Jean-Marc Padovani

interview Jean-Marc Padovani (c) Emily Remy

Jean-Marc Padovani : « J’essaie de garder l’essence des musiques traditionnelles »

Plus de trente ans après le début de sa carrière, le saxophoniste continue de se réinventer. Cette fois, il s’aventure en direction de l’Andalousie et au-delà, vers le Maghreb et le monde arabe. Il explique ce qui le motive…

Pouvez-vous nous présenter votre nouvelle création, Bab Cantilènes ?

Jean-Marc Padovani : Cette création résulte d’un travail autour de la voix. Il y a déjà quelques années, j’avais créé un spectacle avec une chanteuse de flamenco, Carmen Linares, autour des textes de Federico Garcia Lorca. Cette fois, il s’agit de travailler sur la musique andalouse, voire arabo-andalouse, avec des artistes méditerranéens : la flûtiste Naïssam Jalal, la chanteuse de flamenco Paoloma Pradal et, sur quelques titres, Aziz Sahmaoui. Le tout dans l’idée de les emmener sur le territoire du jazz, avec pas mal d’improvisations.

Le festival est consacré cette année à l’Andalousie. C’est une terre qui vous inspire ?

Jean-Marc Padovani : Moi, je suis originaire du sud de la France. J’ai très longtemps vécu à Nîmes, une ville – si ce n’est andalouse – du moins tournée vers l’Espagne, notamment au travers de la tauromachie. J’ai, dans les années 90, créé un spectacle qui s’appelait « Tres horas de sol », qui a eu son petit succès. C’était une rencontre entre musiciens de flamenco et musiciens de jazz. Il s’agissait de faire porter le rythme du jazz par les battements de mains du flamenco. Ce travail autour de l’Espagne, autour de l’Andalousie s’est prolongé. Il se prolonge depuis plusieurs années au travers d’une collaboration avec une jeune chanteuse qui s’appelle Paloma Pradal, qui a vraiment un charisme formidable et qui intègre sans difficulté un ensemble qui ne correspond pas à sa culture. C’est le secret de ce spectacle : des musiciens qui ont envie d’aller vers l’autre.

L’Andalousie, c’est aussi la culture arabo-andalouse. Comment est-elle évoquée dans Bab Cantilènes ?

Jean-Marc Padovani : Elle est évoquée dans ce projet au travers du batteur Dawoud Bounabi, qui est d’origine algérienne et qui maîtrise parfaitement ce qu’on appelle – pour utiliser un terme espagnol – les « compás », c’est-à-dire ces rythmes qu’on retrouve à la fois en Andalousie et au Maghreb. C’est ce qui nous permet d’unir le flamenco, la musique du Maghreb (et notamment la musique gnawa) et le jazz. Dans le travail que je fais autour des musiques traditionnelles, j’essaie toujours de garder l’essence de ces musiques sans faire de la fusion. Je préfère la rencontre. Je travaille plutôt sur des patchworks, c’est-à-dire des compositions, ce qui me permet d’introduire une chanson flamenca ou une chanson du répertoire maghrébin. Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment ces univers peuvent s’interpénétrer.

A travers ces rencontres, ressentez-vous le besoin de tendre des ponts entre les deux rives de la Méditerranée ?

Jean-Marc Padovani : Ce projet n’est pas politique, il est simplement humaniste. Contrairement à ce qu’il s’est passé ces derniers mois, il porte un regard bienveillant sur l’autre.

Propos recueillis par François Mauger

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