Interview Paloma Pradal

Interview Paloma Pradal (c) Emily Remy

Paloma Pradal : « Qu’ils soient gitans ou non, ceux qui aiment la musique font évoluer le flamenco »

Cette Toulousaine a appris à chanter le flamenco avec sa mère, la chanteuse gitane Mona Arenas, et son père, le musicien Vicente Pradal. Elle évoque ici la présence espagnole en France, les racines du flamenco et le rôle de la musique…

Vous êtes née à Toulouse dans une famille d’origine espagnole. La diaspora espagnole est-elle importante en France ?

Paloma Pradal : En effet, il y a une forte communauté en France. Après la guerre civile, de nombreux espagnols s’y sont réfugiés. Surtout à Toulouse. C’est la capitale de la communauté espagnole en France, avec ses hauts-lieux comme la Cité Madrid, où mon grand-père s’est installé quand il a fui la guerre (on y trouve d’ailleurs une plaque qui porte son nom). Pourquoi Toulouse ? Parce que c’est l’autre versant des Pyrénées, parce que ça a été une terre d’accueil. Les Espagnols sont beaucoup plus présents dans le sud que dans le nord …

Mais il y a aussi une présence dans le nord, puisqu’à Saint-Denis un quartier s’appelle « la petite Espagne » …

Paloma Pradal : C’est vrai ! J’en ai entendu parler il y a trois mois, à peu près. Je n’y suis pas encore allée mais, apparemment, il y a beaucoup de choses qui s’y passent. Il me tarde de voir ce que je suis susceptible d’y faire, ce que je peux y apporter en tant que fille de gitane et petite-fille d’exilé espagnol …

Le flamenco joue-t-il un rôle de trait d’union dans la communauté espagnole ?

Paloma Pradal : Elle se réunit pour le flamenco, bien sûr, mais aussi pour les chansons populaires d’Espagne. Les poètes, comme Lorca, comme Hernández, réunissaient aussi les gens. Aujourd’hui beaucoup moins, bien sûr, mais, à l’époque, les gens se réunissaient pour échanger des poèmes. Aujourd’hui, ça, on l’a un peu perdu. Par contre, ce qui est sûr, c’est que les jeunes d’origine espagnole connaissent Camarón ou Paco de Lucía. Ce sont les classiques de leur Espagne, de leur identité. Quand j’habitais à Toulouse, j’allais avec mon frère place Arnaud Bernard, il sortait la guitare et moi je chantais du flamenco jusqu’à je ne sais quelle heure du matin et ça réunissait 200 personnes. On dansait jusqu’à pas d’heure, jusqu’à ce que la police vienne. La musique réunit les gens, du moins ceux qui sont sensibles, ceux qui ont un cœur.

Dans la nouvelle création de Jean-Marc Padovani, vous êtes accompagnée par la flûtiste Naïssam Jalal, qui apporte des accents orientaux au projet. Flamenco et musique du monde arabe se marient bien ?

Paloma Pradal : Bien évidemment ! C’est très fort parce que, quand je suis entrée dans ce projet, je ne connaissais personne, à part Jean-Marc. Je ne connaissais pas les musiciens : ni leur nom, ni ce qu’ils faisaient. Quand j’ai entendu Naïssam, je me suis sentie très touchée, par sa musique mais aussi par le fait qu’elle est une femme qui appartient à une communauté où la place des femmes est particulière. Elle et moi, on se défend et on défend la place des femmes à travers la musique. J’ai été très touchée par sa personne, sa musicalité, sa finesse. Il y a des éléments tout à fait similaires dans la musique arabe et le flamenco. C’est évident. Le flamenco vient de là. Il y a énormément de similarités.

Vous le rappeliez, votre mère est gitane. Quel a été le rôle de ce peuple venu, à l’origine, du Rajasthan dans l’histoire du flamenco ?

Paloma Pradal : Le flamenco doit autant aux « gitanos » qu’aux « payos », ceux qui ne sont pas gitans. Il ne faut pas oublier que les gitans sont un peuple opprimé. Sa seule chance de survie, c’était la musique. C’était la seule chose qu’on lui permettait de faire. En voyageant, les gitans ont permis au flamenco de se propager. Quand la technologie est arrivée, elle a permis de garder des traces de tout ça. Les gitans font évoluer en permanence le flamenco. Par exemple, cet homme que je respecte beaucoup : Farruquito. Comme Camarón, il est parti du plus traditionnel et a emmené le flamenco très loin. Mais il y aussi des gens comme Enrique Morente, qui n’est pas gitan. Il a su casser toutes les barrières. Il a mis beaucoup de temps à se faire aimer, à se faire accepter par les autres. Ceux qui aiment la musique et qui vivent pour elle, qu’ils soient gitans ou non, font évoluer le flamenco et en font des choses magnifiques.

En dehors de cette création avec Jean-Marc Padovani, quels sont vos projets en ce moment ?

Paloma Pradal : J’ai plusieurs projets. Je travaille avec un autre saxophoniste qui s’appelle Pierre Bertrand. Dans le milieu du rap indépendant, je collabore avec une rappeuse suisse : La Gale, une étoile montante, à suivre : Melan Omerta Music, un jeune homme qui s’appelle Al Tarba et un autre qui s’appelle Inch, qui est plus beatmaker que rapper. Je chante avec mon papa. Et je vais commencer à faire mon projet à moi, qui sera une fusion entre tout ce que j’ai pu faire jusqu’à présent…

Propos recueillis par François Mauger

Retrouvez Paloma Pradal en concert ICI