Interview Djuena Tikuna

Djuena Tikuna

« Je suis l’une des voix qui crient pour défendre l’Amazonie »

Festival Villes des Musiques du Monde #22e édition - Nos Amériques

Djuena Tikuna, en concert le 9 Novembre au 360 Paris Music Factory (Paris) - avec Elisapie. 

Djuena est née dans le village tikuna d’Umariaçu II, à une trentaine de minutes de  Tabatinga, la ville qui se tient à la frontière du Brésil avec la Colombie et le Pérou. Djuena a grandi là et n’a parlé que le tikuna jusqu’à ses dix ans, avant de partir faire des études à Manaus, monumentale capitale (2,14 millions d’habitants) de l’état d’Amazonas. Djuena retourne souvent dans cette région, dite des « trois frontières ». Les contacts que nous avons peuvent alors s’interrompre pendant 10 ou 15 jours. Nous avons profité de l’un de ses séjours dans une grande ville pour lui poser quelques questions, avant de l’interroger plus longuement lors du festival...

 

Peut-on vous présenter comme la porte-parole des Tikunas ?

Djuena : Je ne suis pas une porte-parole. Je suis l’une des voix qui s’élèvent contre l’oppresseur et crient pour défendre l’Amazonie et les êtres qui l’habitent. Nous menons un combat pour la vie des peuples et de la forêt, pour qu'elle soit préservée et respectée, ainsi que notre collectivité et notre diversité en tant que peuples autochtones. Notre chant est un écho de la culture de ceux qui résistent. Notre chant est notre vérité.

 

Le mode de vie des Tikunas est-il menacé par les changements en Amazonie?

Djuena : Le mode de vie des Tikuna a changé au contact des « Coris » (les non-autochtones), et cela depuis de nombreuses années. Nous avons gardé notre langue maternelle quand ils ont voulu nous faire taire, nos rituels quand ils ont voulu nous catéchiser. Nous préservons notre identité culturelle et notre relation respectueuse avec la forêt. La nature est notre plus grande richesse, c'est un cadeau pour les générations futures. La lutte pour protéger l’Amazonie, ainsi que la planète entière, est une lutte collective. Ce n'est pas seulement la lutte des peuples autochtones, car elle concerne l’avenir de l’humanité : c’est une lutte pour la survie, contre l’extinction.

 

Que représente la musique pour vous?

Djuena : Pour nous, peuples autochtones, le chant est la force que nous portons en nous. Par le chant, nous nous connectons avec nos ancêtres pour continuer à nous battre et à rester en vie tels que nous sommes. C'est pour cela que nous chantons un chant de résistance. La musique est une grande fête, un rituel de partage entre les peuples. Elle doit être un message de paix et d’espoir pour un monde meilleur.

 

Pourquoi voulez-vous venir à la rencontre des Français?

Djuena : J'aimerais leur faire entendre le chant de notre résistance. Nous, peuples autochtones, nous devons rappeler que nous sommes tous les héritiers de la terre. Nous sommes ses enfants, ce qui fait de nous tous des frères. Nous devons donc marcher côte à côte, sans que personne ne lâche la main de qui que ce soit. Je veux partager avec les sœurs et les frères de France la sagesse de mes ancêtres, pour que le ciel ne nous tombe pas sur la tête(1) et que notre chant puisse résonner de plus en plus loin, pour qu'il porte la voix de ceux qui luttent pour la justice sociale, pour qu'il montre le chemin du lever du soleil, à la façon d'une volée d'oiseaux multicolores…

 

Propos recueillis par François Mauger

 

(1) En portugais : « para que o céu não caia sobre nossas cabeças »...