Interview Fang the Great

Fang the Great : « Avec le rap, on peut tout exprimer »

Festival Villes des Musiques du Monde #22e édition - Nos Amériques

Le 17 octobre au Deux Pièces Cuisine (Le Blanc Mesnil)

Le rap est aujourd’hui la musique la plus écoutée en France. Année après année, les plateformes de streaming publient des palmarès de fin d’année qui se ressemblent : les rappeurs – et, précision utile, les rappeurs francophones – occupent les premières places des podiums. Faut-il s’en réjouir ou s’en plaindre ? Le mieux est probablement de poser la question à l’un des artistes qui ambitionnent de se frayer un chemin vers ces hauteurs. Fang the Great est pour cela le candidat idéal : jeune mais déjà très mature, il a été repéré par quelques têtes chercheuses qui le comparent à The Weeknd ou Sampha. Brève conversation avant son concert en première partie de Raashan Ahmad.

 

D'où vous vient votre nom de scène ? De l'ethnie que l'on trouve au Cameroun, au Gabon et au Congo ?
Fang the Great :
Mon nom de scène est au centre d'une sorte de champ lexical assez étendu. « Fang » renvoie effectivement à une ethnie du Cameroun. Mais « fang » veut aussi dire « croc » en anglais et j'avais une dent qui poussait de façon étrange, une sorte de croc. J'ai ajouté « The Great » parce que mon vrai prénom est Alexandre. C'est un jeu de mot...

 

Mais le lien avec l'ethnie camerounaise est revendiqué ?
Fang the Great : 
Oui, je suis d'origine camerounaise.

 

Pourtant ce n'est pas en fang que vous chantez mais en anglais. Pourquoi avoir choisi cette langue ?
Fang the Great : C'est la langue qui m'a fasciné. J'étais fan de rap américain quand j'étais plus jeune. Je me suis révélé un vrai cancre en rap français : je n'ai jamais réussi à placer deux phrases l'une à côté de l'autre dans cette langue. Je me suis donc dirigé vers l'anglais...

 

Au fait, comment êtes-vous arrivé dans l'univers du rap ?
Fang the Great : 
Très jeune, j'ai fait partie d'un orchestre pour enfants. Je jouais de la trompette. Au collège, j'ai continué à faire de la musique avec des amis. Au lycée, j'ai collaboré avec un groupe de métal : je rappais sur leurs instrumentaux. On s'est même produit sur plusieurs grandes scènes, comme l'Alhambra ou le Bataclan. Ce qui m'a donné l'envie de tenter une carrière solo, c'est que tous mes amis se sont dispersés pour suivre leurs études universitaires. J'étais seul à la Fac. J'ai commencé à produire mes propres musiques, mes premières chansons. Mais la musique a d'abord été une aventure collective et, depuis un an maintenant, j'ai retrouvé un collectif d'artistes, le Squad Neuf. On produit des titres ensemble, on organise des soirées et on se lance dans le développement d'artistes... C'est super !

 

Qui ont été vos modèles, les déclencheurs de votre envie de rapper ?
Fang the Great : 
Des rappers comme Eminem, 50 Cents, DMX, Kanye West... Celui qui m'a vraiment donné l'envie de me lancer, c'est Tyler the Creator. J'adorais tout ce qu'il faisait, son message, son énergie. Il m'a aidé à me libérer...

 

Des modèles plutôt américains, donc...
Fang the Great : 
Plutôt américains, c'est vrai. Mais, aujourd'hui, mes modèles changent, autant que ma musique. Avant, je me limitais au rap, dorénavant je chante aussi. Mes modèles sont plus variés. Je pense à Sampha, à Seal, à Tentacion, plein de chanteurs...

 

Où en serez-vous cet automne, lorsque vous vous produirez au Blanc-Mesnil avec Raashan Ahmad pour le festival Villes des Musiques du Monde ? Aurez-vous sorti un nouvel album ?
Fang the Great : En ce moment, je produis mon deuxième projet. Il est plus important que le premier, il me demande plus de temps. Je pense finir ce projet pendant l’été et le présenter à la rentrée. A l'occasion du festival, j'aimerais chanter ces nouvelles chansons...

 

Le hip hop est aujourd'hui chanté et dansé sur presque toute la planète. Cela peut donner l'impression qu'il est un outil de la mondialisation, qu'il participe à un appauvrissement de la diversité culturelle. Que pensez-vous de l'accueil unanime qui lui est réservé ?Fang the Great : Je trouve que c'est un événement magnifique. Le rap a longtemps été vu comme une sous-culture, une culture marginale. Tous les styles de musique ont eu une histoire comparable : le rock, le jazz... Pourtant, ces genres marginaux ont fini par occuper la première place. Le rap, lui aussi, a forcé l'admiration. Je trouve formidable que le rap soit maintenant la musique la plus écoutée parce que son message était à l'origine tourné vers l'espoir. C'était une musique de démunis, d'oubliés. Voir ces artistes au premier plan est positif. Dans le rap d'aujourd'hui, il n'y a bien sûr pas que des messages positifs mais, globalement, cette réussite est positive.

 

Et elle n'empêche pas la diversité...
Fang the Great : Dans le rap, des centaines de styles cohabitent. Du metal rap au country rap, il y a de tout... Rapper, c'est simplement parler en faisant des rimes sur un beat dansant. C'est tout. On peut tout exprimer de cette façon. Dans ma musique, par exemple, je m'exprime sur des sujets assez sensibles, comme l'avortement, ou sur des sujets plus communs. Le rap me donne, nous donne un grand pouvoir.

 

Le festival a pour thématique cette année "Nos Amériques". Quel est votre rapport à ce vaste continent. Vous intéresse-t-il ? Vous fascine-t-il ? Essayez-vous de le réinventer ?
Fang the Great : En fait, des amis sont partis jouer à New York. Ils y sont allés avec de grands espoirs, ils en sont revenus avec de l'amertume. Les Etats-Unis peuvent vous briser le cœur : le rythme y est rapide, la population y semble parfois conditionnée, presque robotisée, la nourriture n'est pas fameuse... C'est un pays qui m'attire, mais seulement à moitié. J'ai toujours une réserve. J'ai peur d'être déçu. Mais il faudra tout de même que j'y aille, que je voie ce qu'est le rêve américain, que je continue d'explorer sa culture...

 

Le festival a choisi de parler des Amériques au pluriel. Cela vous semble une bonne idée ?
Fang the Great : Les Amériques sont effectivement très étendues. L'arrivée de Trump au pouvoir m'a déçu, alors je me suis dit que le Canada pourrait être idéal pour la production musicale, puisqu'on y trouve d'excellents producteurs, très intéressés par les évolutions du rap. Au-delà du Canada, il y a le Mexique, le Brésil... L'Amérique ne se limite pas aux Etats-Unis et j'espère que le festival nous fera faire de belles découvertes...

Propos recueillis par François Mauger