Interview Liz McComb

Liz McComb : « La Louisiane reste très française »

Il semble parfois que le mot « diva » a été inventé pour elle : Liz McComb incarne aujourd'hui le gospel avec une conviction et une habileté qui la rendent unique. La chanteuse née à Cleveland sait parfaitement d'où viennent les chansons qui font le sel de ses concerts : du sud, notamment du Mississippi dont sa famille est originaire, mais aussi et surtout de la Nouvelle-Orléans, une ville à laquelle elle rend hommage dans le cadre du festival Villes des Musiques du Monde. Elle nous en parle...

François Mauger : Vous avez enregistré en 2001 un album qui s’appelait « Spirit of New Orleans ». Récemment, vous avez publié sur Internet des vidéos vous montrant en train de jouer avec « the next generation in New Orleans ». Préparez-vous un deuxième projet lié à la Nouvelle-Orléans ?

Liz McComb : Mes premiers enregistrements à la Nouvelle-Orléans ont eu lieu en 2001, avant le passage de l’ouragan Katrina, à une époque où tout était encore en état : il y avait de bons studios, les grands artistes étaient encore là, … Nous avons joué des chansons de mon enfance, parce que ma famille vient du Mississippi. C’est de là que vient la plupart des chansons de mon enfance, des chansons avec lesquelles j’ai grandi. Plus récemment, j’ai fait ce que les gens de la Nouvelle-Orléans ont toujours fait : j’ai participé à l’éducation des jeunes en matière de jazz. Le gospel fait partie du jazz. Ce n’est pas un élément séparé. Certains le pensent aujourd’hui mais ça ne l’était pas à l’origine. Le gospel faisait partie de la même culture que le jazz et le blues. Il suffit de se souvenir d’un disque de Satchmo [NDLR : Louis Armstrong], « The good book ». J’adore cet album. Je l’ai toujours adoré. C’est l’un de mes disques favoris …

François Mauger : Pourquoi retourner aujourd’hui à la Nouvelle-Orléans ?

Liz McComb : Mais parce que c’est ma culture ! Les Etats-Unis constituent un grand pays mais la plupart des artistes afro-américains venaient du sud. Cela a commencé avec l’esclavage. Nous avons tous un lien avec le sud. Même si vous migrez vers Chicago, vers Cleveland (où je suis née) ou vers New York, vous grandirez au sein de la culture afro-américaine. Quand je suis devenue adulte, j’ai découvert les racines de ma musique, des racines qui me reliaient à l’Afrique, pas seulement à l’Amérique. Quand vous allez à la Nouvelle-Orléans, tout est très africain. C’est probablement la ville la plus africaine du pays. A Congo Square, comme dans les Caraïbes (en Guadeloupe, en Haïti, …), les Africains ont enfin pu s’exprimer. Lorsque j’ai découvert cela, je suis à mon tour partie à la recherche de mes racines, dans des endroits comme Gorée, au Sénégal …

François Mauger : Mahalia Jackson et Louis Armstrong sont tous les deux nés à la Nouvelle-Orléans. Rendre hommage à cette ville, c’est aussi leur rendre hommage ?

Liz McComb : Oui, bien sûr. Je les adore tous les deux. 

François Mauger : En novembre, vous jouerez à Aubervilliers, à l’occasion d’un festival en partie consacré à la Nouvelle-Orléans. Etes-vous surprise de l’intérêt du public français pour cette ville ?

Liz McComb : Non ! Vous savez, je suis à Cleveland mais je vis une partie de l’année en France. Les Français ont colonisé la Louisiane. Et la Louisiane reste très française. Pour moi qui ai vécu en France, lorsque je me rends à la Nouvelle-Orléans, beaucoup de choses me paraissent très françaises. Nous avons une histoire commune. Nos pays sont proches. Nos principes sont similaires : nous croyons à la liberté. J’ai un profond respect pour les Français, pour la façon dont ils se sont opposés à la guerre. La plupart des Afro-Américains ne s’en rendent pas compte, je ne l’ai réalisé moi-même qu’après avoir vécu en France mais la cuisine à la Nouvelle-Orléans est très française : ces saucisses que nous mangeons, vous avez les mêmes. Tout cela est mêlé. Les plats de ma famille, je les retrouve à Paris. Que ce soit au Mississippi ou en Lousiane, deux Etats très liés, les influences françaises se font sentir …

François Mauger : Je vous remercie …

Liz McComb : Mais non, c’est moi qui remercie les Français. Dites-leur ça : nous leur sommes reconnaissants. J’ai plus appris sur mes racines en France que nulle part ailleurs. Nous sommes liés. Personne n’est une île. Personne n’est meilleur qu’un autre. Je crois sincèrement que nous pouvons apprendre les uns des autres. Nous sommes liés.