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 Une Petite Espagne en survivance.

 RER D, La Plaine Saint-Denis, Avenue du Stade de France, nous sommes au cœur d’un business center démentiel, paysage urbain de tours de verre, austère, rectilignes, survolté le jour, déserté la nuit. Et là 20h, plus âme qui vive.

Mais au détour de la rue Cristino Garcia, tout s’anime, se transforme, des banderolles jaune, rouge, façades animées aux couleurs de l’Espagne, des petites baraques flanquées l’une contre l’autre, de travers, de bric et de broc. Bienvenido au Hogar del los Espanoles, au cœur de cette Petite Espagne perdue., mémoire d’une époque révolue.

Natacha Lillo nous ouvre les portes. Historienne, auteur d’un ouvrage sur « La Petite Espagne de la Plaine Saint-Denis de 1900 à 1980 », enseignante à l’université, elle a à cœur de faire revivre cette Petite Espagne vibrante de sa jeunesse.

C’est une Petite Espagne aux sourires nostalgiques que nous découvrons aujourd’hui. Les maisons se sont éteintes. Luis et les autres, sont des réfugiés de l’histoire, ces hommes et ces femmes qui gardent en mémoire les précieux souvenirs de la Petite Espagne à ses premières heures quand sont arrivés les premières vagues d’immigrants espagnols et portugais qui fuyaient le régime franquiste. Aujourd’hui, les portes des maisons sont closes, la Petite Espagne est fantôme dans la nuit. Le petit café du coin de la rue est fermé. Et partout autour les grands buildings ceinturent la Petite Espagne. Nous sommes cernés.

Puis nous arrivons au cœur de la Petite Espagne, El Hogar del los Espagnoles, le centre culturel qui fait vibrer ce soir les saveurs de l’Espagne. C’est la soirée d’ouverture du festival Villes des Musiques du Monde. Les drapeaux d’Espagne sont en berne, Luis et ses vieux camarades se sont donnés rendez-vous, pour partager ensemble un peu de leur Espagne, en mangeant une bonne paella.

 

 Accueillis par Natacha Lillo et Luis, l’Espagne commence à prendre forme sous nos yeux. Natacha nous raconte les premières vagues d’immigration, l’arrivée des premières familles, les registres de mariage, de baptême. Luis, ancien immigré qui avait fui dans les années 1937 une Espagne en guerre, nous raconte, avec un bel accent Espagnol, la Petite Espagne de Saint-Denis où ont grandi ses enfants, puis les enfants de ses enfants. Dans son portefeuille, il a une carte d’identité française et une carte d’identité Espagnole qu’il est fier de nous montrer.

 Il est fier de son pays où il retourne souvent. Ses racines sont là-bas, et elles sont aussi en France où il a travaillé dur toute sa vie, puis fondé sa famille. Il est arrivé à l’époque de la Guerre civile, seul, contraint de fuir une Espagne dévastée. Comme pour beaucoup d’immigrants, les hommes venaient d'abord, seuls. Ils se sont retrouvés ensemble en banlieue, ont construit ces petites maisons typiquement espagnoles avec des matériaux de récupération pour y accueillir leurs familles.

Les familles fuyaient la misère en Espagne pour une autre misère en France. Luis nous raconte que la vie était dure et qu’ils étaient souvent logés dans des taudis. A l’époque, quand il s’est marié en France et que ses enfants sont nés, il y’avait partout autour en banlieue des bidonvilles. Natacha évoque les bidonvilles de Nanterre, celui situé juste à l’endroit de notre lycée au Franc-Moisin à Saint-Denis. Elle nous raconte aussi les politiques d’urbanisation, les grands ensembles qui ont absorbé petit à petit les derniers bidonvilles. Les habitants, venus du Maroc, d’Algérie, du Portugal étaient relogés dans des barres, des tours, entourées par les usines. Partout le paysage était industriel. Partout sauf en Petite Espagne. Et c’est ce charme Espagnol que nous fait revivre Luis.

Mais, aujourd’hui, tout autour, s’il n’ya plus de cheminées d’usine, il y’a des buildings. C’est une Petite Espagne menacée que nous découvrons avec Natacha et Luis, mais où survivent encore les traditions espagnoles, les matchs et la paella le dimanche.

On peut la visiter cette Petite Espagne, mais pour la dégustation de Paella et les matchs le dimanche au café du Hogar del los Espanoles, Natacha nous précise que c’est réservé aux membres de la communauté.

 Kelly Carpentier, 2nde, Lycée Suger

           


 

 Des cultures urbaines nées d’un « exotisme importé »

Villes des Musiques du Monde 12ème édition, un festival urbain riche en couleurs. La soirée d’ouverture du festival villes des musiques du monde nous présente pour cette 12ème édition au micro de l’émission Couleurs du Monde de Françoise Degeorge sur France Musique une belle programmation qui nous fait voyager à travers les musiques du monde, du slam urbain de nos banlieues de Milk Coffee and Sugar, aux berbères Oudaden.

Pour ouvrir cette soirée, à l’espagnole, 2 jeunes virtuoses guitaristes Espagnoles Diego, 15ans, et Esteban, 11 ans, ont inauguré la grande scène d’El Hogar del Espanoles. Le lieu, riche en couleurs, rouge, jaune, annonce la couleur du festival, riche en musiques du monde.

Cette soirée d’ouverture, au cœur de la Petite Espagne, ce 12 octobre 2011, a été à l’image du festival qui revendique selon Kamel Dafri, directeur, « un échange culturel, nourri de rencontres originales et surprenantes ». Le festival et son équipe se donnent pour mission d’ouvrir de nouvelles perspectives musicales et de créer aussi des passerelles entre les artistes et le public de Seine-Saint-Denis. Faisant se rencontrer sur scène artistes et musiques du monde entier, le festival crée dans notre paysage urbain de banlieue une harmonie musicale multiculturelle.

 La richesse multiculturelle n’est pas un handicap

"Le multiculturalisme de nos banlieues est une richesse non un handicap. Ce moment du festival est une occasion pour le public de Seine-Saint-Denis et Paris de rencontrer de nouvelles musiques venues du monde, rencontres pas seulement esthétiques mais humaines," explique Kamel Dafri. Ce sont ces rencontres humaines possibles sur scène , entre la scène et le public, d’un spectateur à l’autre, qui nous laissent entrevoir plus loin le rêve d’une paix entre les hommes. En territoire trop souvent sujet aux conflits sociaux, inter-culturels, territoire 9-3 autrefois destiné à devenir ghetto de l’immigration et qui porte le stigmate sur nos écrans télé de sa couleur, le festival se veut conciliateur, porteur de valeurs multi-culturelles, porte-parole d’une identité 9-3 qui s’est forgée fièrement au fil des métissages. Le festival réconcilie sur scène pour cette 12ème édition tous les exotismes de notre territoire melting-pot avec cette idée en tête d’aider les hommes et les quelques 150 cultures qui s’y côtoient à vivre ensemble.

Et c’est bien là aussi l’identité de notre banlieue, plurielle, multi-culturelle et née de ce que Gaël Faye et Edgar Sekloka, les MC’s slammeurs métissés de Milk Coffee and Sugar appellent cet « exotisme importé ».

 Camellia Attek, 2nde Lycée Suger

                                                           


Jingle émission radio Milk, Coffee & Sugar


Interview de Meziane de Barbès Café

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