interview Aziz Djemai (El Mawsili)

Aziz Djemai (El Mawsili) : « On a le devoir de transmettre le beau »

El Mawsili est une école et un orchestre de musique arabo-andalouse. Le président de l’association évoque ses origines, son présent et les raisons de son engagement…

A quelle époque est née la musique arabo-andalouse ?

Aziz Djemai : Au huitième siècle. Elle est née à Bagdad. Le maître, à la fois musicien et philosophe, qui enseignait cette musique était appelé El Mawsili. Le nom de notre association est un hommage à ce précurseur. Un élève de ce maître est parti de Bagdad et s’est installé en Andalousie. Il s’appelait Ziriab.

Quelle est dans cette musique la part des différents peuples qui se côtoyaient en Andalousie au Moyen Âge : arabes, berbères, juifs et chrétiens ?

Aziz Djemai : Ziriab a développé sur place la musique arabo-andalouse, avec le concours, probablement, des juifs et des chrétiens. L’apport arabe est flagrant mais je laisse les experts trancher. Je pense que c’est une question très compliquée…

Votre attachement à cette musique est-il également lié à ce qu’Al Andalus peut représenter ?

Aziz Djemai : La première raison de notre attachement à cette musique est esthétique. On a le devoir de transmettre le beau, ce beau qu’on a trouvé nous-mêmes : ce patrimoine que constitue la musique arabo-andalouse. Qui dit « beau » dit « universel ». C’est ça qui est, pour nous, extrêmement important. C’est l’universel qui nous intéresse dans tout ça. Avec tout ce qui se passe en ce moment, il faut le rappeler. Je vous garantis que nous détestons la médiocrité. Ensuite, bien sûr, la tolérance, l’ouverture de l’Andalousie peut également servir modèle aujourd’hui…

Aujourd’hui, la musique arabo-andalouse est partagée entre différents peuples …

Aziz Djemai : On la joue dans tout le Maghreb, jusqu’en Lybie. Elle trouve aussi un écho en Israël, où certains juifs la pratiquent.

Qu’a-t-elle à apporter aux enfants qui l’apprennent à Saint-Denis en ce début de vingt-et-unième siècle ?

Aziz Djemai : Vous aurez l’occasion de le voir : curieusement, non seulement les jeunes pratiquent cette musique avec plaisir mais ils se comportent en adéquation avec cette musique. A tel point que je suis souvent surpris de leur attitude, surpris du contraste entre leur jeunesse et la sérénité qu’ils dégagent. Cette dualité est extraordinaire : d’habitude, la jeunesse bouge, se rebelle, dans ses vêtements ou son comportement. C’est complètement l’inverse : dans notre orchestre, elle est d’une grande sérénité.

Quelle formation va jouer au festival ? L’orchestre des jeunes ou celui des adultes ?

Aziz Djemai : Les deux ! D’abord l’orchestre des jeunes puis, en novembre, à l’embarcadère, celui des adultes…

Propos recueillis par François Mauger

Retrouver L'Orchestre El Mawsili en concert ICI