interview Aziz Sahmaoui

Aziz Sahmaoui : « La musique arabo-andalouse répond, comme les autres musiques au Maroc, à un besoin quotidien »

L’ancien membre fondateur de l’Orchestre National de Barbès, aujourd’hui reparti à l’aventure du côté des rythmes gnawa, a pris cinq minutes, avant un avion pour le Maroc, pour rappeler les liens qui unissent son pays d’origine et l’Andalousie…

 

Le spectacle que vous allez présenter lors du festival Villes des Musiques du Monde aura-t-il quelque chose de nouveau, de spécifiquement andalou ?

 

Aziz Sahmaoui : Ce qui est bien, dans le spectacle, c'est cette improvisation qui est liée à l'événement. Il faut savoir honorer les invitations en tenant compte du contexte, du cadre. Il faut savoir se rapprocher de la couleur de l'événement. J'aime me renouveler et c'est l'occasion. Ce rapport entre le Maghreb et Al Andalus, la musique, l'histoire aussi, tout cela constitue une occasion fertile de renouveler mon répertoire, même si je ne sais pas encore comment : ce sera quelque chose qui surgira de nous et de cet événement.

 

Pour vous qui avez grandi au Maroc, que représente l'Andalousie ?

 

Aziz Sahmaoui : Il y a un lien entre le Maroc et l'Espagne, et même un lien entre le Maroc, l'Espagne et la France. Il y a un cheminement historique, d’anciennes routes, comme les routes qui conduisaient à Tombouctou. L'Andalousie était un grand carrefour. En quittant le Maroc pour l'Espagne, je sens que nous sommes reliés par l'histoire, l'histoire d'Al Andalus et de toutes les belles choses qui nous ont été laissées : ces villes (Séville / Ishbiliyya, Cordou / Qurṭuba), ces monuments, … Bien sûr, c'est une histoire dure, difficile. Les luttes sont le moteur de l'histoire. Mais cela reste une belle histoire par le biais de la musique, par le biais de l'art, par toute cette beauté. Nous sommes amenés à faire vivre ces cultures, en plus de la nôtre. Accepter le voisinage, le passage, cela fait qu'on vit plusieurs cultures, d'une manière naturelle. En cela, la musique est importante. J'ai des amis en Espagne. J'aime leur culture. J'aime leur sens de la famille, j'aime leurs sorties nocturnes, j'aime leur culture de la cuisine, leur poésie, leurs chants, le flamenco. J'aime leur investissement dans la décoration, dans l'art, dans la culture. Je garde un très bon souvenir de tout cela. Je me souviens qu'en Espagne, on s'investissait dans la fête. Ca continue, d'ailleurs. Même si la situation a changé, c'est ancré dans la culture espagnole. J'apprécie tout ça...

 

La culture arabo-andalouse est l'une des grandes sources de la culture marocaine...

 

Aziz Sahmaoui : Oui, la musique arabo-andalouse est importante, comme la présence de l'orient. Mais il y a la musique berbère, aussi, qui est assez présente, ainsi que la musique gnawa. Sans oublier la musique hassani, qui s'entend dans le désert, entre les dunes, au cœur du silence. Quand vous voyagez au Maroc, vous rencontrez tous les 50 kilomètres une musique différente. L'accent change, les mots changent, la musique change. C'est magnifique ! Au nord, par exemple, vers Tétouan ou Tanger, ils en sont arrivés, au-delà du quart de ton, au huitième de ton. C'est magnifique ! Il y a le riff, aussi, et les rythmes propres à ses montagnes. Dans l'Atlas, l'écho est le chant de la montagne qui répond à toutes ces superbes voix berbères. Enfin, encore plus loin, on arrive à Marrakech. Quelle école ! On apprend énormément à Marrakech, notamment en matière de percussions. Vous vous baladez à la médina, dans les ruelles ou dans un souk et vous observez les gens qui passent : ils s'arrêtent pour accompagner un rythme 10 secondes, 15 secondes, puis ils continuent. C'est un spectacle merveilleux. La richesse musicale marocaine est présente dans la vie de tous les jours. C'est ce qui adoucit notre amertume, notre fatigue. On en a besoin. La musique arabo-andalouse répond, comme les autres musiques au Maroc, à un besoin quotidien...

Propos recueillis par François Maugier

Retrouvez Aziz Sahmaoui en concert ICI