Interview Zaf Zapha (Nola Black Soul)

Zaf Zapha : « La Nouvelle-Orléans, c’est la Mecque »

Zaf Zapha est le genre de musicien qui ne s’arrête jamais. La nuit, il joue dans l’ombre d’une star ; le jour, il conçoit des livres-disques pour les enfants. Deux sont déjà parus : Yemaya, consacré à l’Amérique Latine, et Dalaka, dédié à l’Afrique sub-saharienne. Pour lancer le troisième, Nola, un voyage musical à La Nouvelle Orléans, il a préparé un spectacle dont il donnera la primeur au festival. Il nous explique son intérêt pour les enfants et pour la Louisiane …

François Mauger : Vous êtes un musicien très demandé, qui joue aux côtés de chanteurs tels que Souad Massi, Salif Keita, Brigitte Fontaine ou Jacques Higelin dans de grandes salles. Pourquoi vouloir revenir vers des salles plus petites à l’occasion de spectacles jeune public ?
Zaf Zapha : Pour moi, le jeune public, c’est la source … Les enfants sont ma première raison de travailler. Si on nourrit l’enfant, il se développe. Si, dans cette nourriture, il y a de bonnes choses, il va développer une culture générale positive. En fait, tout part de mes enfants. Ce sont mes enfants qui m’ont dit « Mais, Papa, on a besoin de ça, on a besoin de se nourrir, de savoir comment ça se passe au niveau culturel ». Travailler avec les enfants, pour moi, c’est le plus important.

François Mauger : C’est une mission citoyenne ?
Zaf Zapha : Oui, parce que j’ai compris beaucoup de choses grâce aux enfants … En les écoutant, j’ai compris qu’ils n’étaient pas réellement au courant de ce qu’il se passait autour d’eux, au niveau des différences, du métissage. Il y avait un manque quelque part. Je me suis dit « Essayons de pallier ce manque ».

François Mauger : Comment vous est venue l’idée de votre nouveau livre-disque, « Nola, voyage musical à La Nouvelle Orléans » ?
Zaf Zapha : « Nola », c’est un peu particulier … Je travaille avec ma femme et on développe cette série de livres-disques ensemble. On a conçu, au départ, 3 autres livres-disques, dont 2 sont déjà sortis. Quand on a su que Villes des Musiques du Monde et la communauté d’agglomération appréciaient notre travail, qu’eux aussi préparaient un projet pour enfants, d’un commun accord, on s’est mis à travailler sur la Nouvelle-Orléans ensemble. C’était naturel parce qu’on aime le métissage entre la France et le reste du monde et que, pour moi, la Nouvelle-Orléans fait partie de ce métissage.

François Mauger : Quelques mois après votre voyage en Louisiane, quelle est l’impression qui domine chez vous à propos de cette région ?
Zaf Zapha : Encore une fois, c’est le métissage qui m’a frappé, notamment l’importance de la communauté francophone là-bas. Connaissant l’histoire et ayant eu la possibilité de visiter différents lieux là-bas, on se rend compte que, vraiment, Napoléon a laissé quelques traces … On s’est retrouvé à Lafayette avec les Cajuns. Ils ont développé leur propre français mais, quand on arrive là-bas, on se dit « Wah, on n’est pas au Texas, ici ». La Louisiane, ce n’est pas que Lafayette et le côté cajun mais cette partie-là est quand même assez surprenante. La deuxième chose, c’est l’apport de la musique européenne à la Nouvelle-Orléans. Le « brass band » vient d’Europe au départ. Ce n’est qu’ensuite que le marching band est né …

François Mauger : Vous êtes-vous rendu à Congo Square ?
Zaf Zapha : Absolument ! Là, on arrive dans des lieux mythiques. Ca reste une place assez lourde de passé, un lieu d’expression artistique pour les Noirs là-bas, qui ont pu développer une nouvelle culture, métissée avec celle des Indiens et des autres peuples. Ca a donné le « super sunday ». Ces mélanges assez étonnants en font, pour moi, un élément important de la Nouvelle-Orléans. Là, on a vu un vrai métissage entre musiciens africains et musiciens d’Amérique du Nord. Jusqu’à aujourd’hui, c’est encore très fort …

François Mauger : Est-ce qu’en tant que musicien, vous avez l’impression que l’une de vos racines est plantée à Congo Square ?
Zaf Zapha : Oui, quelque part. Mes racines étaient africaines mais, aujourd’hui, mes racines ne sont plus qu’africaines. J’ai grandi en Amérique du Sud, je suis culturellement créole. Et, à la Nouvelle-Orléans, le créole est vraiment présent. Quand je vais là-bas, je vois que le lien est direct.

François Mauger : Vous allez également faire partie du Nola Brass Band ?
Zaf Zapha : Absolument. Je l’ai même créé. C’est l’autre versant de mon activité : la collaboration avec des musiciens adultes. Depuis tout le temps que je suis sur scène, je connais des dizaines de musiciens. J’ai profité de mes connexions pour monter ce Nola Brass band à la demande du festival Villes des Musiques du Monde. Il inclue quelques musiciens de l’Orchestre National de Jazz, quelques musiciens de Ceux Qui Marchent Debout, …

François Mauger : Tous réunis par leur amour de la musique de la Nouvelle-Orléans ?
Zaf Zapha : Absolument ! Quand ils ont su que nous aurons la possibilité de travailler avec un brass band de là-bas, le Chosen Ones, et de participer à un livre pour enfants, tout le monde a répondu « Oui ». Tout le monde a mis la main à la pâte pour arriver à un beau résultat. C’est un travail d’équipe …

François Mauger : Quand vous dites le mot « Nouvelle-Orléans » à vos collègues musiciens, comment réagissent-ils ?
Zaf Zapha : La plupart des musiciens que j’ai été chercher sont des cuivres. Pour eux, la Nouvelle-Orléans, c’est la Mecque. Surtout au niveau des marching bands. C’est vraiment quelque chose de spécifique. Les artistes que j’ai appelés sont influencés par la Nouvelle-Orléans. Ils sont déjà dans des marching bands. Tous, quasiment. Quand on leur dit qu’on travaille sur la Nouvelle-Orléans, ils répondent « Waaahh ! » … Ils y ont déjà tous été. Ils connaissent le milieu. Ils connaissent la ville, la Louisiane. Ils sont en terrain connu.

François Mauger : Est-ce qu’après le Nola Brass Band, après « Nola, voyage musical à La Nouvelle Orléans », vos prochains projets seront encore marqués par la Nouvelle-Orléans ?
Zaf Zapha : Non parce que le but de mon association, c’est le métissage, la compréhension du métissage et des différences. On travaille pour les enfants et on prend une région du monde, dont on montre les liens avec la France, pour que le petit garçon français, qui est à l’école et qui a un voisin brésilien ou africain comprenne le métissage entre la France et la région concernée. Donc, nous travaillons sur un livre à propos du Brésil et un autre parlera de la créolité. Voilà déjà deux thèmes qui vont résonner. Pour moi, tout ne s’arrête pas à la Nouvelle-Orléans. Le monde est grand et le métissage est partout …